
le vendredi 07 MAI 2010 - à 20h30
Représentation scolaire vendredi à 14h30
ESPACE CULTUREL DU MONTEIL
MONISTROL SUR LOIRE 43120
Qui n’a pas célébré la construction tragique de Phèdre, la profondeur des personnages et la richesse de la versification, la musicalité de l'alexandrin ? Qui ne conserve dans un coin de sa mémoire le souvenir de ces fameux vers « la fille deMinos et de Pasiphaé / Ose aimer Hippolyte » vers qui souvent résument la tragédie de Phèdre ?
Mais ce n’est ni par la beauté du vers, ni par un attendrissement mielleux que Racine nous fascine. Non, c’est par sa violence que l’oeuvre de Racine reste vivante encore aujourd’hui !
Violence des rapports entre les personnages tragiques qui franchissent les limites de la conditions humaines, enfreignant les règles de la morale “ de l’ordre établi ”. Les personnages raciniens mentent, tuent, dissimulent. Ils atteignent un individualisme pathologique qui les aveugle, les empêche de prendre la moindre décision, malgré la liberté qu’ils ont de choisir, ou de persister, ou de fuir. La souffrance de l’autre n’existe pas. Pourtant pas de fatalité, les personnages sont libres et s’ils acceptent de jouer ce Jeu de la Cruauté, c’est parce qu’ils sont consentants, intelligemment consentants.
Pas d’échappatoire donc pour les personnages raciniens. Ils sont présents devant nous pour se détruire et mourir. Ils sont là pour expier, pour s’entre-déchirer, sous le regard des dieux silencieux et malveillants. Les personnages raciniens n’ont pas d’avenir. Monstres d’égoïsmes ils ne s’écoutent pas : Phèdre n’écoute pas, elle monologue... de même Hippolyte... de même Thésée ! Pourtant chacun espère et attend désespérément une réponse. Une réponse qui parfois surgit violente, animale, monstrueuse.
Et c’est au travers de cette violence que transparaît alors la Souffrance. Les personnages de Phèdre sont des souffrants qui hurlent leur solitudes à des dieux silencieux et malveillants qui laissent l’homme face à son animalité.
C’est à partir de ces deux axes violence / souffrance que la mise en scène s’est élaborée. C’est cette souffrance que j'ai voulu que les acteurs dévoilent devant nous sans pudeur. La souffrance qui, aujourd'hui, est tabou. C’est par là que le chef d’oeuvre de Racine nous semble profondément contemporain.
Mais si Phèdre nous fascine c’est également parce qu'elle est une tragédie de l'amour et non pas de l’inceste. Phèdre aime mais elle rêve d’un amour qui n’existe pas. La Violence de la passion amoureuse qu’elle éprouve pour Hippolyte l’entraîne dans un délire amoureux.
Elle aime l’Amour Absolu qui ne peut que l’entraîner vers sa mort. Un amour d’adolescente enflammée. Et son suicide final est un suicide d’amour moins que de rédemption. C’est pourquoi le rôle de Phèdre est interprété par une comédienne jeune. Qui mieux que la jeunesse peut, sans romantisme, représenter le cérémonial tragique ?