
Jeu et travail sur l’alexandrin
C’est à partir d’un travail sur l’alexandrin que le jeu a trouvé son authenticité et sa vérité. Authenticité des rapports entre les personnages et vérité des émotions.
Dans un premier temps, nous avons abordé le travail d'un point de vue purement technique : traitement syntaxique de l'alexandrin qui a permis aux comédiens de se libérer du sens et de comprendre les méandres et la complexité des émotions. Les émotions qui bousculent continuellement ces héros. Ce travail a surtout permis de créer une unité de diction, de respiration et une cohérence dans le jeu. Tout en respectant l'alexandrin dans son architecture les comédiens ont pu alors explorer la rythmique et la sonorité violente qui se cache dans chacun des vers. Et soudain le vers s'est fait chair.
Ce faisant au fur et à mesure des répétitions chaque acteur a dû, humblement, se rendre compte que leur sensibilité ne suffisait pas. Que les personnages étaient plus fort qu'eux et que le comédien devait se faire discret, se mettre au service de son personnage et se laisser entièrement envahir par le génie du poète Racine.
Ce travail a permis de révéler que la tragédie peut et doit résonner dans le coeur de tout un chacun. Rendre accessible un chef d’oeuvre au plus grand nombre et sans démagogie tel est l’objectif de la recherche d’un jeu sincère et honnête.
Si la partition poétique devenait limpide et contemporaine dans sa compréhension, il nous est apparu également qu’une partition corporelle était nécessaire. C’est pourquoi dans la mise en scène chaque geste, chaque mouvement d’ensemble participe de la chorégraphie. Si la violence devient douleur les corps alors doivent se tordre. Ces corps anéantis, pour se relever, s’extraient toujours plus péniblement du sol. Une fois debout, ils vacillent, cherchant un nouvel équilibre, un nouvel espoir. Mais ce sursis ne dure qu’un moment, la parole à son tour les torture et la violence reprend ses droits.
Le décor et costumes
Une colonne de béton, quelques morceaux de ferraille figurent peut-être un chantier en déconstruction, une usine désaffectée. Un lieu clos. Sûrement un espace contemporain, vaguement urbain symbolisant la dimension angoissante de la tragédie. Au fond de cet espace un mur bouche l’horizon et empêche le soleil même de percer. Un mur qui témoigne de la rupture entre un passé radieux et la tragédie présente.
Les héros surgissent soudain, tels des apparitions, et s’avancent dans des costumes ultra -contemporains. Leurs entrées solennelles sont soutenues par la musique et des jets de lumière régis du plateau par le musicien. Une fois sur scène les personnages, toujours à vue du spectateur, sont assis au jardin ou à la cour, comme en attente dans l’anti-chambre de leur destin. Ils ne quittent la scène que pour mourir.